Auteur : Titiane DALLANT
Année : 2026
Thème : Epidémiologie et Méthodes en Recherche Clinique
Sous thème : Santé des personnes migrantes, parcours de soins, maladies infectieuses
Résumé :
Au CASO de Médecins du Monde de Saint-Denis, les sérologies de dépistages retrouvent une infection par le virus de l’hépatite B (VHB) chez environ 10% des patients. Chez ces personnes migrantes, majoritairement primo-arrivantes, l’adhésion au parcours de soins complexe qui suit un tel diagnostic est médiocre. En effet, les nombreux facteurs de vulnérabilité qu’elles peuvent cumuler se heurtent à un
système de santé qui n’est pas pensé pour les recevoir véritablement. Pourtant le suivi à long terme d’une infection chronique par le VHB est primordial pour éviter des complications potentiellement mortelles telles qu’une cirrhose ou un carcinome hépatocellulaire. À partir des nombreux facteurs influençant l’adhésion aux soins, nous avons identifié trois leviers sur lesquels agir : l’amélioration des connaissances des patients sur le VHB, l’accompagnement par un.e médiateur.rice en santé et la simplification de leur parcours.
La Partie 1 de cette thèse évalue le niveau de connaissance des patients vis-à-vis de l’hépatite B par un questionnaire proposé à toute personne venant effectuer un dépistage de maladies infectieuses au CASO et permettant d’établir un score de connaissance sur 10 points. Sur 143 participants, majoritairement des hommes (66%, 95/143) jeunes (35 ans en moyenne), originaires d’Afrique Subsaharienne (83% ; 118/143), principalement de Côte d’Ivoire (41%, 59/143) donc d’une région de haute endémicité, et arrivés en France il y a moins d’un an (71%, 90/127), seuls 82 personnes (58%) ont déjà entendu parler d’hépatite B auparavant. Chez ceux qui déclarent la connaître, le score médian est de 4/10 avec une méconnaissance sur des points d’importance tels que les modes de transmission (en particulier la transmission verticale pourtant majoritaire dans les pays de haute prévalence), les moyens de protection, le tropisme hépatique et les possibles symptômes ou absence de symptôme. Les scores sont significativement plus élevés chez les personnes ayant fait des études supérieures. Ces résultats confirment l’hypothèse selon laquelle, bien qu’originaires de pays où l’hépatite B est endémique, les patients la connaissent en réalité très mal. Cela démontre la nécessité d’informations claires, précises, répétées et adaptées à chaque personne qui reçoit
un diagnostic d’infection par le VHB, afin qu’elle puisse saisir tout l’enjeu du suivi de cette infection le plus souvent, initialement, asymptomatique et ne requérant pas de traitement.
La Partie 2 décrit le travail, nécessaire, du médiateur en santé qui, après un diagnostic d’infection par VHB, prend les rendez-vous pour un bilan initial et une première consultation spécialisée et accompagne les personnes aussi bien physiquement que par téléphone selon la nécessité. Son accompagnement adapté à chaque situation, qui prend en compte la personne dans sa globalité médicale, sociale et psychologique et qui mène à son autonomisation progressive permet de diminuer considérablement le nombre de perdus de vue. Son expertise met aussi en lumière les lacunes générales du parcours de soins.
La Partie 3 décrit le projet de renforcement du lien ville-hôpital entre l’hôpital Delafontaine et les CMS de Saint-Denis. Celui-ci vise à développer la place de la médecine générale dans le suivi des infections chroniques par le VHB sans complication. Le but est de simplifier ce suivi pour les patients en l’intégrant dans une prise en charge globale de santé, au sein d’une structure de proximité équipée pour les accompagner également sur le plan social. Ainsi, à l’avenir, les patients pourront bénéficier d’une hospitalisation de jour à l’hôpital Delafontaine pour un bilan initial suivi d’une consultation spécialisée qui déterminera une conduite à tenir pour le médecin généraliste qui prendra le relais.
Une bonne compréhension des enjeux de son suivi, un accompagnement sur mesure et un
parcours de soins fluide sont déterminants pour adhérer pleinement à sa prise en charge. Des outils d’information doivent être créés en prenant en compte la barrière de la langue et les difficultés de compréhension ou de lecture. Chaque occasion doit être saisie pour s’assurer de la bonne compréhension de la personne sur son état de santé. La médiation doit être développée et renforcée, mais ne doit pas être utilisée pour cacher les lacunes du système de santé et ses difficultés à intégrer les personnes les plus vulnérables et éloignées du soin. Au contraire, elle doit servir à mettre en exergue ces lacunes pour travailler à les combler et ainsi améliorer l’accès aux parcours de soins dès leur point d’entrée.
Document : Thèse Titiane DALLANT.

