Ecole d’été de l’Espace éthique Île-de-France 2022 : retours d’expérience et introduction à la démarche éthique

École d’été de l’Espace éthique Île-de-France 2022

Retours d’expérience et introduction à la démarche éthique

Date : le mercredi 8 et le jeudi 9 juin 2022
Lieu : Espace éthique Île-de-France, Hôpital Saint Louis (Porte 9), 1 avenue Claude Vellefaux 75010 Paris, France
Programme et inscription : https://site.evenium.net/bbx1cfwz
Deux jours pour se sensibiliser à la réflexion éthique, partager les pratiques et échanger autour des enjeux de création et d’animation d’une démarche éthique. 

L’Espace éthique/IDF vous propose une École d’été construite en deux journées distinctes.

Le 8 juin sera consacré à des échanges autour des questions de création et d’animation des structures de réflexion éthique, quelles soient bien établies ou encore naissantes. Comment établir les missions de cette structure, en faire un espace ouvert à tous ? Quelle place pour la créativité, et comment se faire connaître et reconnaître au sein de l’établissement ?

Le 9 juin constituera une introduction et une sensibilisation aux différentes formes de démarches éthiques : méthode, grands courants, questions à anticiper avant de « se lancer ».

De nombreux temps d’échanges seront organisés au cours de ces journées.

Programme et inscription
Programme

Journée du 8 juin – « Retours d’expérience »

Un temps de 20-30 minutes sera consacré à l’échange avec les participants à la fin de chaque table-ronde.

9h15-9h30 : Accueil et introduction

9h30-11h : Table-ronde n°1 – À quoi sert une structure d’éthique ? Quelle(s) mission(s) peut-elle se donner ? Selon quelle(s) temporalité(s) ? Jusqu’où peut-elle et doit-elle conserver son indépendance vis-à-vis de l’organisation institutionnelle ?

Nathalie ROSSO (sous réserve), pédopsychiatre, responsable de la Plateforme Ressource Éthique de Territoire des Hôpitaux Saint-Maurice
François BLOT (sous réserve), médecin, chef de service de réanimation, président du comité d’éthique, Institut Gustave Roussy (Villejuif)
Nathalie MICHENOT / Sybille MERCERON (sous réserve), médecin praticien / anesthésiste, Espace éthique du Centre Hospitalier de Versailles
Philippe CAMBERLEIN (sous réserve), vice-président du Cometh (comité éthique) de l’association UNAPEI 92

11h-11h30 : Pause café

11h30-13h : Table-ronde n°2 – Comment faire de la structure d’éthique un espace ouvert à tous, y compris aux usagers mais également à l’ensemble des professionnels, en particulier à celles et ceux qui ne se sentent pas légitimes pour faire entendre leur voix ? Participer à une démarche éthique suppose-t-il d’avoir reçu une formation préalable ? Quels sont les obstacles rencontrés dans cette perspective et comment les surmonter ?

Agnès VOGE (sous réserve), infirmière de coordination en pédopsychiatrie, secrétaire générale de la Plateforme Ressource Éthique de Territoire des Hôpitaux Saint-Maurice, La Ruche (espace d’échanges et de réflexion éthique dédié aux usagers)
Yamina IDIR (sous réserve), infirmière en Hématologie Service Greffe, Hôpital Saint-Louis
Bénédicte LOMBART (sous réserve), cadre supérieur de santé, docteure en philosophie et éthique hospitalière, GH Sorbonne Université, cellule éthique de l’Hôpital Saint-Antoine
Michel HAIM (sous réserve), secrétaire général du Cometh (comité éthique) de l’association UNAPEI 92

13h-14h30 : Pause déjeuner (libre)

14h30-16h : Table-ronde n°3 – Comment dynamiser et faire vivre une structure d’éthique ? Quelle place pour la créativité et l’innovation au sein d’une démarche éthique, a fortiori lorsqu’elle s’institutionnalise ?

Florence HOUPIN (sous réserve), ergothérapeute en psychiatrie, Plateforme Ressource Éthique de Territoire des Hôpitaux Saint-Maurice, responsable de la Consultation d’Ethique Clinique
Sarah CARLIEZ (sous réserve), psychologue, comité d’éthique, Ehpad Grenelle
Clara FLATEAU (sous réserve), Médecin, Pathologie Infectieuse et Tropicale, Centre Hospitalier de Melun
Laura VAILLANT (sous réserve), psychomotricienne, groupe de réflexion éthique, EHPAD Jeanne d’Arc (Paris), Fondation COS

16h-16h30 : Pause café

16h30-18h : Table-ronde n°4 – Comment se faire connaître en tant que structure d’éthique ? Quelles modalités de publicité, de diffusion et de sensibilisation au sein des établissements et services ? Quelle place accorder à l’écrit dans la démarche éthique ?

Gilles BRANCHE (sous réserve), médecin, Groupe d’Animation et de Réflexion Ethique (GARE), Centre Hospitalier Intercommunal de Meulan-les-Mureaux
Sophie VO THANH (sous réserve), infirmière d’équipe mobile de soins palliatifs / infirmière coordinatrice de de don d’organes, Hôpital Fondation A. Rothschild
Yoann JEANSELME / Tiphaine LACAZE (sous réserve), responsable de la coordination du travail social / directrice Qualité, instance éthique du Samusocial de Paris
Elisabeth ANGELLIER (sous réserve), oncologue en soins palliatifs, Comité d’éthique de l’Institut Curie

Journée du 9 juin – « Introduction à la démarche éthique »
Cette journée sera animée par l’équipe de l’Espace éthique :
Pierre-Emmanuel BRUGERON, responsable du pôle Ressources, Espace éthique Île-de-France
Anne-Caroline CLAUSE-VERDREAU, médecin de santé publique, responsable de l’Observatoire des pratiques éthiques, Espace éthique Île-de-France
Fabrice GZIL, Professeur d’éthique en santé à l’EHESP, directeur adjoint de l’Espace éthique Île-de-France, membre du CCNE
Virginie PONELLE, Directrice adjointe, Espace éthique Île-de-France
avec la participation de Yannis CONSTANTINIDES (sous réserve), Professeur de philosophie

9h15-9h30 : Accueil et introduction

9h30-10h15 : Session théorique (1) Définitions de l’éthique – Présentation de quelques grands courants de pensée – Description des différents types d’instance éthique en France

10h15-11h : Session théorique (2) Questions à se poser et points de vigilance pour créer, structurer ou renforcer une démarche éthique dans un établissement ou un service

11h-11h30 : Pause café

11h30-13h : Faire vivre la démarche éthique (1) L’analyse de cas (« à chaud » ou « à froid ») – Quelques repères pour identifier les enjeux éthique d’une situation et tenter d’y apporter une réponse argumentée – Focus sur le rôle de l’animateur

13h-14h30 : Pause déjeuner (libre)

14h30-15h30 : Faire vivre la démarche éthique (2) Au-delà de l’analyse de cas – Approfondir un questionnement par l’analyse d’une oeuvre de fiction – Actions concrètes pour favoriser le respect des droits et l’expression des personnes en situation de vulnérabilité

15h30-16h : Pause café

16h-17h15 : Temps libre de questions-réponses

Programme et inscription
L’Espace éthique Île-de-France
L’Espace de réflexion éthique de la région Île-de-France est un lieu de diffusion, de réflexion et de formation aux questions éthiques et sociétales de la santé, du soin, de l’accompagnement et de la recherche. Il travaille en réseau avec les institutionnels, professionnels et associatifs en Île-de-France. Depuis 2013, il est sous l’autorité de l’Agence régionale de santé (ARS) d’Île-de-France. Il tend à développer une réflexion et une démarche éthiques appliquées aux réalités de terrain, en réponse aux demandes des intervenants et des décideurs publics et institutionnels. Pour créer les conditions d’une concertation pluraliste, et concilier un travail d’observation, de veille et d’anticipation, l’espace de réflexion éthique de la région Île-de-France est investi dans des domaines de recherche-action qui recouvrent un champ très large (vulnérabilités dans la maladie, innovations thérapeutiques, nouvelles technologiques qui transforment les pratiques…). Il a également pour mission de proposer des formations universitaires et de produire une recherche en éthique susceptible de contribuer aux débats publics, et aux échanges nécessaires entre les différents partenaires.

En savoir plus : http://www.espace-ethique.org
Contact presse : 

      
 

Causes et conditions extérieures des maladies et de la santé – Collège de France

Rémy Slama

La leçon inaugurale brossera un tableau chronologique des risques ayant pesé ou pesant encore sur la santé humaine, de la trilogie épidémies-guerres-famines, qui s’est progressivement et partiellement estompée pour faire place aux facteurs dits de style de vie (tabac, alcool, déséquilibres alimentaires, sédentarité) et aux agents physico-chimiques. Notre mouvement, centrifuge par rapport au patient et au déclenchement de la maladie, consistera à passer de l’énumération des causes de décès à l’identification des causes des causes. Les pathologies infectieuses, dont le développement a pu être favorisé entre autres par l’invention de l’agriculture, qui a rapproché humains et animaux domestiques, favorisant les zoonoses, ont été jusqu’au début du XXe siècle la cause majeure de mortalité en Europe. Avec leur contrôle progressif dans les pays du nord a eu lieu une transition épidémiologique, consistant en une diminution de la mortalité, qui a permis un allongement spectaculaire de l’espérance de vie, multipliée par trois en trois siècles (d’environ 25 ans avant la Révolution à 82 ans aujourd’hui en France), expliquée par la diminution de la mortalité par maladies infectieuses, survenant souvent tôt, progressivement remplacée par les maladies chroniques, survenant généralement à un âge plus avancé. Nous rappellerons la contribution des polymorphismes génétiques, des facteurs de style de vie à la survenue des maladies chroniques. Puis nous évoquerons les modifications de notre environnement au cours de l’Anthropocène, les éléments généraux en faveur d’un effet de l’environnement physico-chimique sur la survenue de ces maladies chroniques, et les arguments plus spécifiques allant dans le même sens, s’appuyant sur les développements méthodologiques récents, à la fois dans le champ de la toxicologie et, chez l’humain, des biomarqueurs d’exposition et de l’inférence causale (Judea Pearl), qui fournit un cadre rigoureux pour l’identification des causes des maladies dans une approche non expérimentale.

Journée de réflexion : Du projet pilote à la généralisation d’une innovation en santé, l’art délicat du passage à l’échelle

CONFÉRENCE EN LIGNE

Invitation conférence - Du projet pilote à la généralisation d’une innovation en santé, l’art délicat du passage à l’échelle

Le 4 avril 2022, Solthis réunit ONGs, chercheurs, bailleurs et autorités sanitaires pour croiser leurs regards sur les enjeux de passage à l’échelle afin d’améliorer l’impact des interventions en santé.

LE PROGRAMME

Accueil (9h30 – 9h45)

Introduction – Philippe DUNETON (Unitaid) § Ouverture – Serge BREYSSE (Solthis) (9h45 – 10h)

 

Session 1 – L’intégration des innovations dans les systèmes de santé : quels sont les facteurs de succès ? (10h – 11h10)

Modération :

  • Joan VALADOU (MEAE)

Intervenant·es :

  • Safiatou THIAM (CNLS – Sénégal)
  • Clémence DOUMENC-AÏDARA (Solthis)
  • Aïssa DIARRA (LASDEL)

Discussion table ronde 1 (10h50 – 11h10)

Pause (11h10)

 

Session 2 – Production et utilisation des connaissances : de quoi a-t-on besoin pour la mise à l’échelle ? (11h35 – 13h)

Modération :

  • Pr Brigitte AUTRAN (Faculté de médecine Sorbonne-Université, CIMI)

Intervenant·es :

  • Pr Nicolas MEDA (Université Joseph Ki-Zerbo, Ouagadougou)
  • Joseph LARMARANGE (IRD)
  • Céline LASTRUCCI (OMS)
  • Valéry RIDDE (IRD)

Discussion table ronde 2 (12h40 – 13h)

Pause déjeuner (13h)

 

Session 3 – Le financement du passage à l’échelle des interventions innovantes : au-delà des projets pilotes, qui prend le relai ? (14h10 – 15h45)

Modération :

  • Stéphanie TCHIOMBIANO (Think tank Santé mondiale 2030)

Intervenant·es :

  • Pr Ehui EBOI (PNLS – Côte d’Ivoire)
  • Marie BA (Partenariat de Ouagadougou)
  • Juliette SEBAN (FID – Fonds d’Innovation pour le Développement)
  • Nicolas LE GUEN (AFD)
  • TBC (Fonds mondial)

Discussion table ronde 3 (15h15 – 15h45)

Pause (15h45)

 

Session 4 – Les organisations de la société civile : quel rôle dans l’innovation, le plaidoyer et l’assistance technique pour la mise à l’échelle ? (16h10 – 17h20)

Modération :

  • Eric FLEUTELOT (Expertise France)

Intervenant·es :

  • Bintou DEMBELE (ARCAD Santé Plus – Mali)
  • Riccardo LAMPARIELLO (Terre des hommes)
  • Odé KANKU (Solthis)

 

Discussion table ronde 4 (17h – 17h20)

 

Synthèse et conclusion Sophie CALMETTES (Solthis) Agnès SOUCAT (AFD) (17h20 – 17h30)

Cocktail & vernissage exposition photo (TBC selon règles sanitaires) (17h45 – 19h)

 

Nous vous invitons à vous inscrire-ici afin d’assister à l’atelier en ligne. Les inscriptions sont gratuites et obligatoires.

Pour toute question, envoyez-nous un mail à .

Colloque HAS-PFUE « Évaluer ensemble les technologies de santé en Europe » – 7/03/2022

L’entrée en vigueur du règlement européen sur l’évaluation des technologies de santé marque le début d’une nouvelle ère.
Il institue une coopération accrue entre les agences des Etats européens en charge de ces évaluations, dans l’objectif de faciliter l’accès à l’innovation ayant un bénéfice clinique, dans l’intérêt des patients. Comment répondre à cet objectif sans déroger aux exigences de qualité, de sécurité et de transparence que nécessite toute évaluation de technologie de santé ? Quels sont les facteurs de réussite au long cours, comme en temps de crise ?

Ce colloque international et participatif, organisé dans le cadre de la présidence française du Conseil de l’Union européenne, se propose d’éclairer ces enjeux essentiels de santé publique.

JE M’INSCRIS

Evenement virtuel – La santé publique comme levier d’action face au changement climatique

Santé publique France et l’association internationale des instituts nationaux de santé publique (IANPHI) organisent un événement virtuel :

 La santé comme levier d’action 
face au changement climatique

Le 8 Avril 2022

Une journée d’échanges consacrée au changement climatique et à la santé publique, un événement organisé dans le cadre de la présidence française du Conseil de l’Union européenne. L’objectif de cet événement est de promouvoir une meilleure prise en compte des liens entre climat, biodiversité et santé dans les politiques publiques, et d’encourager des actions concrètes aux échelles locales, nationales et européennes. Cet évènement virtuel sera accessible gratuitement sur inscription. Il s’adresse aux professionnels de la santé publique, de l’environnement, aux décideurs, aux chercheurs et aux parties prenantes. Au programme, des interventions interdisciplinaires et intersectorielles sur les connaissances, des débats sur les défis et leviers d’actions, et des retours d’expériences de villes européennes engagées pour le climat, la biodiversité et la santé. Les intervenants viendront de toute l’Europe, et une traduction sera prévue en anglais et en français.

Pour plus d’information : climatechangeevent@formulemagique.com

Bourse de recherche biomédicale 2022

Le GIP Genopole a publié pour soutenir la formation du corps médical à et par la recherche : « La bourse de recherche biomédicale 2022 »
https://genopole.agorize.com/fr/challenges/bourse-recherche-biomedicale-2022

Ce dispositif est ouvert au niveau national pour financer (jusqu’à 65 000 €) un médecin/pharmacien, en internat ou déjà engagé dans une carrière hospitalière, souhaitant réaliser des travaux de recherche dans un domaine d’excellence du biocluster Genopole dans le cadre soit d’un Master 2 (ou équivalent), soit d’une dernière année de thèse de doctorat en sciences.

La date limite de dépôt des dossiers est fixée au 31 mai 2022.

Contact : 

Document informatif

Revue française d’éthique appliquée n°11

Sortie de la Revue française d’éthique appliquée n°11
Être touché
Éthique, épistémologie
et politique des affects en temps de crise

Sans avoir les pieds dans l’eau, peut-on être activement et collectivement affecté par la crise écologique ? Sans avoir la faim au ventre, peut-on être activement et collectivement affecté par la montée indécente des inégalités sociales ? Peut-on être activement et collectivement affecté au point de nous engager vers et avec l’autre, non plus seulement avec des slogans ou des valeurs, mais véritablement corps et âme, en résonance ? C’est donc de la construction d’un horizon éthique, épistémologique et politique des affects en temps de crise que ce dossier entend être une contribution. Comment les valeurs éthiques que nous défendons peuvent rentrer en résonance avec nos corps ou à travers tous nos sens ?
Comment peuvent-elles résonner aussi au travers de corps sociaux, de nos institutions dont les logiques guident nos actions quotidiennes et qui sont insensibles ou « muettes » face à ces valeurs ? Autrement dit, comment installer concrètement l’idée que l’affect est une forme de lien social et politique ?

👉Lire le sommaire du n°11 de la RFEA
👉Lire l’introduction du dossier
👉Commander la revue en service presse : 

Introduction au dossier
Léo Coutellec, Sebastian J. Moser, Hartmut Rosa

Du mariage paradoxal entre sensibilité et insensibilité

Nous sommes en temps de crise, une crise indissociablement éco­­logique et sociale dont il n’est pas question de documenter ici la nature ou de discuter la portée. Les diagnostics ont été faits (Devictor, 2015 ; Rockström et coll., 2009), les signaux d’alerte largement popularisés (Carson, 1962 ; Vargas, 2019). Et plus en avant, une question ne cesse de nous hanter : ne sommes-nous pas obligés de constater une grande insensibilité collective à la destruction du vivant et à l’injustice sociale ? Ou, situation plus trouble, constater un mariage paradoxal entre une sensibilité croissante d’une part – sensibilité écologique ainsi que sensibilité à l’injustice raciale et sexiste – et, dans le même temps, une insensibilité croissante à ces phénomènes dans la « vie factuelle » s’exprimant dans des actes et choix sociétaux qui aggravent aussi bien la crise écologique que sociale ? Sinon, comment expliquer que l’urgence de la question écologique reste à ce jour sans véritable réponse politique internationale à la hauteur des enjeux ? Sinon, comment expliquer que la migration – au lieu d’être reconnue comme une conséquence de la perte des espaces vitaux, d’une inégalité croissante ainsi que des guerres politico-religieuses – renforce les positions nationalistes et le repli sur soi ?

L’invisibilité médiatique ou informationnelle de ces phénomènes – destruction du vivant et injustice sociale – ne peut pas en être une raison acceptable à l’heure d’un accès sans précédent à l’information et d’une médiatisation croissante. Le manque d’analyse ou de compréhension à leur égard ne sont pas non plus de bons candidats pour expliquer cette insensibilité. Au contraire, il semblerait que l’espace des raisons soit largement mobilisé pour aider à décrypter, à analyser les causes et les effets de ces phénomènes. Sur le seul sujet du réchauffement climatique, nous en avons un bon exemple avec le travail de long cours du giec (2019). Reste la possibilité que l’inaction, le désintérêt ou l’insensibilité face à la destruction du vivant et à l’injustice sociale soient le fruit d’un choix éthique et politique, à savoir une pesée et un arbitrage de valeurs et de finalités. Effectivement, la défense de certaines valeurs, comme le profit économique, le confort, l’abondance matérielle ou, pour le dire autrement, l’extension de notre capacité de nous approprier le monde, d’utiliser la nature en la rendant maîtrisable en tout lieu et en tout point, pourraient prévaloir sur la création d’un mode de relation en résonance (Rosa, 2018 ; 2020). Mais alors, qu’en est-il de ceux pour qui cette aspiration à une relation au monde moins destructrice, plus résonante, reste une valeur primordiale, au point d’en faire un projet politique, mais qui pourtant n’agissent pas concrètement, ou trop peu, face à la destruction du vivant, n’incarnent pas ou trop peu au travers de tous leurs sens la colère d’une destruction de ces valeurs ? Ou, pour le dire autrement : pourquoi, comme nous le montrent de nombreuses recherches empiriques, ceux qui accordent une grande importance à la durabilité sont aussi ceux qui ont la pire empreinte carbone (Kennedy et coll., 2015 ; Moser et Kleinhückelkotten, 2018) ?

La sensibilité : un vecteur d’engagement à l’action ?

Comme l’information, comme le savoir, les valeurs ne semblent pas être en soi des principes directeurs de l’action. L’hypothèse que nous souhaitons formuler est la suivante : l’accès et la circulation de l’information, la construction et la diffusion des savoirs, l’affirmation et la défense de valeurs ne suffisent pas à tisser une relation avec le monde, ne suffisent pas à produire des axes de résonances qui nous engagent individuellement et collectivement à agir, lorsqu’ils sont vidés de leur dimension sensible, lorsque l’affect qui les sous-tend, ou du moins les traverse, est refoulé, inhibé, invisibilisé voire réprimandé. Or, aussi en guise d’hypothèse : être touché, atteint, ému ou animé par ce qui nous entoure est peut-être l’une des capacités indispensables pour faire face aux crises, capacité sous-déterminante de nos sphères informationnelles, de nos efforts cognitifs, de nos revendications axiologiques.

Au moins depuis le début des années 2000, la question de l’affect a attiré l’attention de plusieurs théoriciens pour dégager une autre conception de notre relation-au-monde (Massumi, 2002 ; Clough, 2008 ; Ruddick, 2010 ; Hoggett et Thompson, 2012 ; Nussbaum, 2013). Une chose exerce une puissance sur une autre, cette dernière s’en trouvant modifiée, nous dirons que l’affect est le nom de cette modification (Lordon, 2016). L’affect, l’affectus de Spinoza, est ainsi cette capacité à affecter et à être affecté. Plus précisément, l’affect décrit l’émoi émotionnel et physique de l’attention du sujet ; c’est ainsi « qu’il développe un intérêt intrinsèque pour le fragment de monde qui lui fait face et se sent […] en position de destinataire » (Rosa, 2020, p. 43). Cette interpellation ne peut pas être neutre, sans valeur ou sans signification.

Les récentes catastrophes sanitaires comme la pandémie du sars‑cov‑2 ou écologiques comme les inondations estivales en Europe de l’Ouest, compris comme événements qui nous arrivent et nous frappent, nous montrent comment cette disposition affective peut s’imposer à nous, nous laisser sans défense aussi bien au sens littéral qu’au sens figuratif. Victime d’un méga-feu, d’une violence effroyable, nous ne perdons pas uniquement nos biens matériels, la fumée âcre et la chaleur torride nous touchent dans notre chair, dans nos corps (Zask, 2019). L’événement catastrophique peut nous affecter au travers de tous nos sens. Il en sera de même pour ces populations contraintes de quitter leur logis, leur village, leur région suite à la montée des eaux, de ces peuples indigènes chassés par la déforestation, de ces familles dépendantes de l’aide alimentaire dans des villes où l’abondance matérielle et la sur-consommation sont devenues ostentatoires. En ces temps de crise, l’étendue de notre surface d’affection augmente considérablement.

Mais alors de nouvelles questions embarrassantes émergent : faut-il être touché individuellement par la catastrophe pour être touché par ses effets collectifs, ses effets sur autrui ? Faut-il vivre l’injustice dans son existence pour la combattre au-delà ? « Être touché » ne serait-ce alors qu’une disposition passive alimentant les thèses en vogue qui consistent à souhaiter l’effondrement pour qu’enfin le sursaut civilisationnel se produise ? C’est une voie possible mais dont certaines limites ont déjà été diversement documentées (Larrère et Larrère, 2020). Cette position qui consiste à dire « tant qu’on n’a pas les pieds dans l’eau, on ne bouge pas » est caractéristique d’une certaine façon de comprendre la place et le rôle des affects. Elle cantonne ces derniers à des dispositions passives et individuelles. L’affect est réduit à ce que l’on reçoit passivement, en tant que sujet. Pourtant, nous pouvons comprendre que « tout est affaire de figurations intenses puisque ce sont ces images, ces visions qui, bien plus que tout autre discours abstrait sur la cause, déterminent à épouser la cause » (Lordon, 2016, p. 65). Ainsi, pourrait-on faire de l’affection une contagion, non angoissante mais mobilisante, créer des « machines affectantes » dont le but n’est pas de nous contraindre devant la certitude d’une catastrophe mais de nourrir notre puissance d’agir avec et face à celle-ci.

Reformulons ainsi ce que nous explorons dans ce dossier : la disposition à être touché, la survenue de l’affect dans notre façon d’agir ou de réagir face à la destruction du vivant et/ou à l’injustice sociale peut aussi être une disposition active et non spécifiquement individuelle. Une disposition à cultiver et à encastrer dans l’information, le savoir, l’éthique. Comment l’information peut-elle être autre chose qu’une entreprise de production de subjectivités contemporaines aliénées ? La science, et plus généralement la démarche cognitive, peut-elle être comprises autrement que comme une démarche insensible de désensibilisation (Dumain et coll., 2013) ? Comment les valeurs éthiques que nous défendons peuvent-elles entrer en résonance avec nos corps, traverser tous nos sens ? Comment peuvent-elles résonner aussi au travers de corps sociaux, de nos institutions dont les logiques guident nos actions quotidiennes et qui sont insensibles ou « muettes » face à ces valeurs ? Autrement dit, comment installer concrètement l’idée que l’affect est une forme de lien social et politique ?

Pour aller au cœur de la problématique que nous interrogeons dans ce dossier, nous posons la question suivante : comment peut-on caractériser, documenter, valoriser un lien entre l’affect et l’action qui ne soit pas uniquement le résultat passif d’une situation contrainte ou qui réduit l’affect à une forme de sensiblerie inoffensive ? « Être touché », plus qu’une injonction au changement individuel ou la disposition passive à espérer, pourrait être à la fois une disposition à cultiver collectivement et une méthode pour l’action. Sans avoir les pieds dans l’eau peut-on être activement et collectivement affecté par la crise écologique ? Sans avoir la faim au ventre, peut-on être activement et collectivement affecté par la montée indécente des inégalités sociales ? Peut-on être activement et collectivement affecté au point de nous engager vers et avec l’autre non plus seulement avec des slogans ou des valeurs, mais véritablement corps et âme, en résonance ? C’est donc la construction d’un horizon éthique, épistémologique et politique des affects en temps de crise que les contributions de ce dossier cherchent à construire.

👉Lire l’article entier sur Cairn (en libre accès)

Une initiative de l’Espace éthique Île-de-France

L’Espace de réflexion éthique de la région Île-de-France est un lieu de diffusion, de réflexion et de formation aux questions éthiques et sociétales de la santé, du soin, de l’accompagnement et de la recherche. Il travaille en réseau avec les institutionnels, professionnels et associatifs en Île-de-France. Depuis 2013, il est sous l’autorité de l’Agence régionale de santé (ARS) d’Île-de-France. Il tend à développer une réflexion et une démarche éthiques appliquées aux réalités de terrain, en réponse aux demandes des intervenants et des décideurs publics et institutionnels. Pour créer les conditions d’une concertation pluraliste, et concilier un travail d’observation, de veille et d’anticipation, l’espace de réflexion éthique de la région Île-de-France est investi dans des domaines de recherche-action qui recouvrent un champ très large (vulnérabilités dans la maladie, innovations thérapeutiques, nouvelles technologiques qui transforment les pratiques…). Il a également pour mission de proposer des formations universitaires et de produire une recherche en éthique susceptible de contribuer aux débats publics, et aux échanges nécessaires entre les différents partenaires.

En savoir plus : http://www.espace-ethique.org
Contact presse : 

Enquête nationale : Refonder ensemble la démocratie en santé

Un questionnaire pour participer à notre enquête nationale et contribuer à l’éventuelle évolution de loi du 4 mars 2002 : https://www.espace-ethique.org/enquete-democratie-sante

Renouant avec la grande tradition de l’Espace éthique, dans la perspective des 20 ans de la loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé, nous mettons en place une réflexion de nature à contribuer à une analyse des évolutions induites par cette législation mais également à émettre des propositions susceptibles de justifier de la faire aujourd’hui évoluer.
Depuis les années sida qui ont provoqué les mutations consacrées dans ce texte législatif, nombre d’évolutions sont intervenues dans les champs de la santé et du médico-social. À certains égards, les premiers temps de gestion de la pandémie ont révélé certaines carences, ne serait-ce que dans la quasi absence des instances représentatives de la démocratie en santé à l’approche des arbitrages sanitaires. Plus significatives encore, les évolutions dans les pratiques biomédicales et l’esprit du soin, l’irruption du numérique en santé, l’émergence de nouveaux modèles associatifs ont, entre autres choses, contribué à une recomposition de l’environnement de l’accompagnement et des soins, que ce soit à l’hôpital, en établissement ou à domicile.
L’Espace éthique AP-HP a été créé en 1995 dans la dynamique des années sida et s’est inspiré d’une culture qui a déterminé nombre d’initiatives aux résultats certes contrastés mais dont l’exigence de concertation, d’expertises partagées et de partenariats est considéré avec sérieux même si tant de contraintes de toute nature limitent l’effectivité de résolutions solennelles.

En savoir plus : http://www.espace-ethique.org
Contact presse : 

4e journée « Éthique et médiation » – Communiquer avec des personnes en situation de fragilité

4e journée « Éthique et médiation »
Communiquer avec des personnes en situation de fragilité

Date : Mercredi 9 février 2022, de 13h45 à 17h15
Lieu : Espace éthique Île-de-France (Hôpital Saint-Louis, 1 Avenue Claude Vellefaux, 75010 Paris) et en visioconférence
Inscription en présentiel et en distanciel :
 https://site.evenium.net/hcy2cecn
A l’occasion de la crise sanitaire, la communication avec les personnes fragiles s’est révélée être une forme de soin, d’attention à l’autre et de considération. Nous avons aussi observé que, tout autant qu’un soin, la communication peut aussi être source d’angoisse, de violence, de désinformation, de conflits, de malentendus ou de maltraitance. Aussi, il est indispensable de penser la communication comme un pharmakon, à la fois remède et poison, et comme une dimension centrale de la relation soin et d’accompagnement des personnes en situation de fragilité. Comment nouer un dialogue entre médecins et patients ? Comment animer des espaces d’échange dans lieux du soin et de l’accompagnement ? Par quels moyens créer une médiation entre les personnes en cas de conflits ? En donnant la parole aux acteurs engagés sur le terrain et aux personnes concernées, cette quatrième journée « Éthique et médiation », issue d’un partenariat entre l’Espace éthique Île-de-France et l’Université Paris-Saclay, interrogera les enjeux éthiques de la communication avec les personnes en situation de fragilité et la manière dont nous pouvons concevoir la communication comme un soin et une forme de reliance sociale.

Coordonné et animé par :
Sacha Mandelcwajg, Animateur socio-culturel, Docteur en sciences de la communication et enseignant vacataire en philosophie
Sébastien Claeys, Responsable de la médiation à l’Espace éthique Île-de-France